Que se passe-t-il dans la tête d’une survivante d’exploitation sexuelle ?

4 min de lecture • Écrit par Amanda Richardson, traduction par Joana Vrillot


Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) est l’un des diagnostics les plus courants auxquels sont confrontées les victimes de la traite et de la prostitution après avoir quitté l’exploitation sexuelle.

Le TSPT ( Trouble de stress post-traumatique ) est tout simplement le résultat d’un traumatisme. Qu’il s’agisse de torture physique et de manipulation émotionnelle souvent infligées par les proxénètes, des hommes ou d’agression sexuelle continuelle subie par d’innombrables « clients », le traumatisme est véritablement la pierre angulaire de la traite des êtres humaines et de la prostitution.

Le traumatisme peut être catégorisé de nombreuses façons à travers des situations complexes et non complexes. Par exemple, vous pouvez développer un SSPT à partir d’un seul événement traumatique, comme un accident de voiture. Toutefois, le SSPT peut également résulter d’une situation beaucoup plus profonde, comme le fait d’avoir subi des violences physiques de la part d’une personne qui s’occupait de vous pendant votre enfance.

Les traumatismes ont de multiples facettes et il est souvent difficile de s’y retrouver. La définition du traumatisme et les signes qui en découlent sont décrits par les professionnels comme « la réponse à un événement profondément pénible ou perturbant qui dépasse la capacité d’une personne à y faire face, provoquant un sentiment d’impuissance, diminuant son sens du soi et sa capacité à ressentir toute la gamme des émotions et des expériences ».

Les survivantes de la traite des êtres humaines, de l’exploitation sexuelle et donc de la porno-prostitution vivent une boucle sans fin de traumatismes pendant des années, voire des décennies. La réaction de lutte ou de fuite est presque toujours active, de sorte qu’il n’y a jamais de moment ennuyeux, calme, durant le rétablissement. Parfois, même une visite à l’épicerie peut entraîner une crise de panique, un désespoir complet, en raison des déclencheurs émotionnels des plus complexes.

Après avoir passé près de trois ans avec des survivantes travaillant à un rétablissement à long terme, je me suis adaptée aux étapes maniaques qui les hantent et aux spécificités du traumatisme lié à la violence sexuelle. Le traumatisme lié à la traite et l’exploitation sexuelle est l’aile la plus impressionnante et la plus dévastatrice du monde des traumatismes complexes.

Le traumatisme complexe est le plus souvent associé aux traumatismes répétés et prolongés. Il affecte la capacité à établir avec autrui des relations harmonieuses, fondées sur la confiance. Chez les enfants, le traumatisme complexe est souvent appelé « trouble traumatique du développement ».

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Voyez-vous, le traumatisme complexe est différent du « traumatisme ordinaire ». Selon la psychologue et experte en traumatisme, la Dr Christine Courtois, le traumatisme complexe est « un type de traumatisme qui se produit de manière répétée et cumulative, généralement sur une certaine période, dans des relations et des contextes spécifiques. »

Elle précise ensuite que les traumatismes complexes surviennent généralement à des moments vulnérables du développement de la victime, en particulier dans la petite enfance ou l’adolescence, mais qu’ils peuvent également survenir plus tard dans la vie et dans des conditions de vulnérabilité associées à des facteurs tels que le handicap, la désautonomatisation et l’infirmité. Analysons un peu cette définition et voyons exactement comment l’exploitation sexuelle s’inscrit dans le moule du traumatisme complexe.

I . L’exploitation sexuelle est répétitif

Dans la plupart des cas, les femmes ne sont pas victimes d’exploitation ou de traite une ou deux fois. Ces situations cauchemardesques s’étendent sur plusieurs semaines, mois et même années. Le traumatisme est persistant. 

Les viols et les coups se poursuivent, souvent pendant des heures et des heures.

II . L’exploitation sexuelle est relationnelle

Bien souvent, la personne qui inflige les mauvais traitements ou qui exploite les victimes joue également le rôle de gardien. Parfois, elles sont exploitées par leurs parents ou leurs oncles, d’autres fois, par des amis ou des petits amis. Il est très rare que les victimes soient exploitées par de parfaits inconnus. Les relations établissent la confiance et les trafiquants le savent, c’est pourquoi ils choisissent généralement d’attirer l’attention d’une personne sur le plan émotionnel avant de l’utiliser et de l’exploiter.

III . L’exploitation sexuelle repose sur la vulnérabilité

Les trafiquants sont des artistes habiles dans l’art de trouver et d’exploiter les points faibles d’une personne. Un trafiquant peut cibler la vulnérabilité d’une victime potentielle facilement et efficacement dès qu’il commence à développer une relation avec elle.

Ces vulnérabilités peuvent aller de problèmes familiaux (comme des soignants négligents) à un manque de stabilité financière, une dépendance, une carence affective, en passant par un handicap mental ou physique. Quelle que soit la vulnérabilité qu’il choisit de cibler, l’objectif premier du trafiquant est de tirer parti de la faiblesse d’autrui et de l’utiliser à son profit. Les victimes d’exploitation sexuelle ressentent le poids de leur vulnérabilité, à chaque instant où elles sont contraintes.

Ce simple, mais continuel, rappel de leur impuissance peut les maintenir dans l’industrie du sexe pendant d’obscènes longues périodes , avec le sentiment qu’il n’y a pas d’autres options pour elles…

L’exploitation sexuelle est de loin l’une des formes les plus catastrophiques de traumatisme complexe que ce monde ait jamais connu. Les survivantes qui s’en sortent sont laissés avec une vie émotionnelle entière à déconstruire et reconstruire. Le processus de guérison est parfois douloureux et brutal, mais il est également d’une beauté saisissante et remarquable.

J’ai eu la chance de voir de nombreuses survivantes mener (et gagner) des batailles incroyables pour se remettre des violences de leur exploitation. Faire face à un déclencheur lié à un traumatisme peut être ressenti comme le combat de votre vie, et même les batailles les plus mineures peuvent prendre toute une vie. Parmi les victoires les plus marquantes dont j’ai été témoin, citons le témoignage de femmes contre leurs agresseurs au tribunal, la confrontation avec l’un de leurs anciens « clients » à l’épicerie du coin, ou simplement le courage d’avoir une conversation « normale » avec un homme.

L’expression du visage d’une personne qui affronte ses pires démons et qui survit est de loin l’un des plus grands moments dont j’ai été témoin jusqu’à présent. Le chemin de la guérison peut souvent sembler futile, mais chaque déclencheur conquis est un rappel de leur courage, de leur force et de leur résilience. Faire face à leurs déclencheurs, petits ou grands, est une preuve supplémentaire qu’elles se rapprochent d’une vie sans exploitation, et c’est le plus grand des exploits.

Article original à lire ici


Je pourrais m’asseoir et écrire de millions de façons différentes pourquoi la prostitution et la pornographie sont si profondément destructrices, et sont donc des maux très graves à surpasser. Mais en réalité, là, maintenant, je suis juste beaucoup trop brisée pour faire quoi que ce soit qui requière un tel effort mental et d’articulation.

Je suis au-delà de la fatigue.

Fracassée
Épuisée
Les os fatigués

La cause ? Mon SSPT est repassé à la vitesse supérieure. Je suis tout simplement engloutie dans la reviviscence du traumatisme du passé. C’est comme si j’y étais submergée, et maintenant il n’y a plus moyen de sortir ma tête de l’eau.

Tellement d’images qui courent dans ma tête ! Mon corps se tend et tremble, vomit et souffre : migraine, maux d’estomac, mal aux muscles, douleurs aux vieilles blessures. Quand je dors, j’ai des cauchemars, et quand je me réveille, je tombe dans une attaque de panique. Mon cœur bat plus vite, j’ai du mal à ouvrir la bouche pour manger.

En thérapie j’ai commencé à faire des incursions dans le récit de choses parmi les pires qui me sont arrivées, ce que je sais être nécessaire : tout ça me ronge comme un cancer et au mieux, fait barrage entre moi et une vie heureuse. Au pire, ça risque de me foutre complètement en l’air : parfois c’est tellement insupportable à vivre qu’il me semble que ce serait mieux si je n’étais pas là.

J’ai encore ce vieux besoin de me faire du mal. Quand je suis dissociée, parfois je me sens comme si j’étais coincée en dehors de mon corps sans pouvoir y retourner, ce qui m’effraie. Tout semble irréel, à commencer par moi. À ces moments, la pensée de l’automutilation se suggère comme un moyen de retourner à l’intérieur de moi-même : je suis réelle, je peux sentir la douleur, je saigne. À d’autres moments, quand la souffrance mentale atteint un tel niveau que je sens que je ne peux plus le supporter, pas une seconde de plus, l’automutilation se suggère comme un moyen de me détacher : sentir la tension s’écouler avec le sang dans l’évier, sentir le calme, la distance, m’inonder.

Je suis soit trop détachée, soit trop dans mon corps. J’ai peur de moi-même, d’être seule avec ma tête, et j’ai peur des autres gens parce que je ne veux plus souffrir. Je ne fais confiance à personne.

J’ai besoin de parler aux gens, de leur dire ce qui se passe dans ma tête, précisément. Je suis très forte en généralisations : « je ne me sens pas très bien », « prise de tête », « mauvais souvenirs »… Des mots qui veulent dire quelque chose mais qui ne veulent rien dire. Je suppose que je suis à nouveau de retour à cet endroit crucial où il faut oser dire exactement ce dont je me souviens et ce que je revis. Cela me semble représenter un énorme pouvoir à donner à quelqu’un, même quelqu’un à qui je fais confiance. Par le passé ma survie a dépendu de ma capacité à plaire aux autres, à ne pas faire de vagues, à passer les maltraitances sous silence. M’entendre parler de ce qu’il y a dans ma tête ne va pas être facile, et la moindre réaction négative, ou potentielle réaction négative, perçue ou réelle, de la personne à qui je parle, déclenche une peur massive, que je ressens physiquement et mentalement. Je n’aime pas l’idée de transmettre les images dans ma tête, qui me remplissent de honte et me rendent malade, dans la tête de quelqu’un d’autre.

Alors je suis épuisée. Je revis certains des moments les plus horribles de ma vie. Mon thérapeute a dit, vous avez été torturée. J’ai été, mais j’ai l’impression d’être encore torturée et je suppose avec réalisme que ça ne va pas passer rapidement. On commence tout juste à essayer d’examiner tout ça. Je suppose que je dois continuer à m’accrocher. La fatigue et la tristesse font partie de cet aller de l’avant. Mais la souffrance ? Ce que ces choses me font ressentir ? Cela défie toute description.

– Angel.K

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