COVID-19 : L’échec réglementariste dans la protection des prostituées

Les associations de survivantes Neo Zélandaises ne sont pas les seules à faire un constat alarmant durant cette crise sanitaire sur les protections et les aides financières mises en place pour aider les personnes en situation de prostitution. Le constat est simple, les aides sont inexistantes, les prostituées sont abandonnées par les politiques.

Huschke Mau, une militante féministe, blogueuse, ex-prostituée et engagée dans l’abolition de la prostitution, travaillant sur le terrain fait un rapport de la vie actuelle des victimes de la prostitution :

« En tant qu’ex-prostituée, je voudrais dire quelque chose d’urgent aujourd’hui. Parce que d’autres femmes en situation de prostitution ne peuvent pas le faire en ce moment. Parce qu’elles ont affaire à autre chose… avec la survie.


Le #Coronavirus est actuellement fermement sous le contrôle de notre vie sociale, et je salue toutes les mesures prises par le gouvernement et les pays qui les ont prises (bien que très tard), et j’espère que vous êtes tout.es magnifiquement raisonnables et isolez – surtout en ce qui concerne les personnes âgées, personnes atteintes d’une déficience immunitaire, cancer, autres pré-maladies, etc… à ne pas mettre en danger. Nous devons maintenant être solidaires, surtout avec les personnes les plus vulnérables. Et c’est exactement ce dont je veux parler maintenant. Parce que les femmes dans la prostitution, et je suis l’une d’entre elles, sont aussi un groupe vulnérable. La question est : les mesures qui peuvent désormais être considérées comme solidaires à l’égard de ce groupe. La ville de Stuttgart vient d’interdire la prostitution à cause du coronavirus, et avant d’encourager cela : il faut dire que c’est un désastre.

J ‘explique pourquoi :

Le paysage de la prostitution à Stuttgart, comme presque partout, se compose de 80 à 90 % de femmes forcées et de prostituées dans la pauvreté provenant du sud-est de l’Europe. Ces femmes ont souvent :

– Aucune assurance maladie, ou juste insuffisante.
– Bien sûr pas de statut d’employé et avec l’obligation de continuer à payer (loyer dans le bordel)
– Souvent même elles n’ont juste aucun droit.
(*Elle est belle l’Allemagne que tu vends Emma Becker*)

Ces femmes, la grande majorité des femmes allemandes en situation de prostitution, le font par contrainte et pauvreté. S ‘ils n’achètent pas aujourd’hui, elles n’auront pas d’argent demain, rien à manger – et rien pour vivre.

Ce qui va se passer à Stuttgart maintenant, c’est que ces femmes ne peuvent plus se permettre de se vendre, soit qu’elles ne sont pas autorisées à le faire à cause de leurs macs de toute façon. Donc elles vont se vendre secrètement, parce qu’elles n’ont pas d’autre choix. Et c’est le point crucial du deal. Elles devront continuer à le faire et elles seront punis si elles se font prendre. Les amendes qu’elles collecteront devront être payé avec une prostitution supplémentaire, puisqu’elles n’ont pas d’autre possibilité. (*Prohibitionnisme)

Juste un point : les locations pour leurs chambres se poursuivent probablement. Ce qui veut dire : qu’avec les amendes et les locations de chambre, ces femmes seront encore plus endettées à la fin de la crise du Corona qu’elles ne le sont maintenant, et cela signifie qu’elles tomberont très bas. De plus : elles seront face à un risque accru pour leur santé pendant cette période de marchandisation secrète forcée. Parce que l’argent, elles doivent l’obtenir. Pour la nourriture, la vie, les macs et les enfants en Roumanie. Et ça veut dire : puisqu’il y a beaucoup moins de clients qui arrivent de toute façon, ils ont plus de pouvoir et peuvent exiger du « sexe » sans préservatif plutôt.

Est-ce que ça ressemble à une protection ? Définitivement pas.

Alors s’il vous plaît ne soyez pas heureux quand vous lisez ce message. Parce que pour les femmes touchées, c’est horrible.

Qu ‘est-ce qui les aiderait ?

Aider à mettre en œuvre le modèle nordique, ici, comme mesure pour ralentir la pandémie et protéger les femmes prostituées ! Cela signifie punir les personnes, les clients et approuver l’aide à la sortie ou au moins une protection financière qui leur permet de faire une pause dans la prostitution ! Parce que le fait est que la plupart des femmes dans la prostitution se vendent parce qu’elles n’ont PAS d’alternatives. Enlever cette dernière option ne les aidera pas du tout.
Pas une seule femme n’en sortira en raison de la crise. Parce que ce n’est pas comme si cette crise créerait soudainement des milliers d’autres opportunités pour ces femmes. Au contraire, leur situation craint parce qu’elles sont dans la prostitution. Leur situation est même pourrie parce qu’elles sont dans la prostitution et nous vivons une pandémie. Cette situation n’est que la dernière chance de se garder en vie financièrement.
Une interdiction dans cette situation est la pire chose à faire, parce qu’elle ajoute la faim et l’itinérance pour ces femmes à leur prostitution et à l’exposition à la pandémie !

Cela aurait été une chance de mettre en œuvre le modèle nordique et de laisser les femmes sortir de la prostitution en toute sécurité, bien que temporairement.

Ces femmes ne sont pas en sécurité de toute façon, peu importe !
Elles ont le droit d’obtenir une protection financière alternative pour qu’elles puissent s’arrêter !

Ça va CONTRE LA PROSTITUTION.
Ça ne va JAMAIS contre les prostituées.

C ‘ est le moment de montrer de la solidarité, avec tout le monde et surtout avec celles qui ont le moins de droits ici ! Ces groupes ont surtout besoin de plus de droits (qui paie en cas d’infection chez les femmes prostituées de Roumanie ? Qui s’assurera qu’elles ne deviennent pas sans-abri ou meurent de faim maintenant ?).
Leur situation n’est PAS comparable aux personnes qui subissent maintenant des inconvénients ou qui ont une perte de gains, mais ont des économies ou un droit à l’argent, ont des aides…
Celui qui dit “mais je n’ ai pas le droit de travailler en ce moment”, agit de façon cynique et ignorant !

Il faut s’assurer que ces femmes puissent pouvoir suspendre la prostitution !

Une interdiction de prostitution est toujours hostile aux prostituées.

Le modèle nordique peut être mis en œuvre au niveau municipal !
Il y a déjà un concept élaboré !

Et c’est exactement ce qui doit être mis en œuvre maintenant !

C ‘ est le moment !

Solidarité !

Témoignage à retrouver sur son site : https://huschkemau.de/2020/03/13/corona-und-prostitution/


En même temps à Berlin, Sisters Berlin, une association à but non lucrative se bat sur le terrain dans la capitale allemande et font elles aussi un constat socio-politique de la situation :

« № criminalisation des prostituées – aider les femmes dans la prostitution »

Avis sur la fermeture de tous les sites de prostitution à Berlin lors de la pandémie de Corona

Nous sommes un groupe de personnes engagées pour les droits des femmes et la protection sociale dans la prostitution. Ensemble nous sommes un groupe local de Berlin de l’association Sisters-für den Ausstieg aus der Prostitution e.V., avec l’association Neustart e.V. (en contact au café à Kurfürstenstraße) et le Netzwerk Ella, un groupe activiste pour femmes en situation de prostitution. Ensemble, nous visons à mettre en œuvre le modèle nordique en Allemagne et à offrir aux femmes de meilleures perspectives.

Nous apprenons l’action du Sénat de Berlin pour lutter contre la propagation du virus. Toutes les mesures strictes sont importantes pour éviter une panne du système de santé. Les groupes plus âgés, plus faibles, immunosupprimés et autres groupes vulnérables doivent être protégés maintenant. Il est de notre devoir de réduire les contacts sociaux et les entreprises au minimum.

Par conséquent, le Sénat a ordonné ce qui suit au point 1, le point 2, avec son  » Règlement sur les mesures visant à réduire la propagation de la propagation du nouveau coronavirus SRAS-CoV-2 au point 1 de Berlin, Article 4 :

 » Les sites de prostitution (…) ne doivent pas être ouverts à la circulation publique. Les événements de prostitution au sens de la loi sur la protection des prostituées ne doivent pas se tenir. »

Cette mesure est à accueillir parce qu’elle protège un groupe vulnérable – les femmes dans la prostitution – et les protège de la contagion. Malheureusement, le Sénat n’a pas parlé de la façon dont il veut aider les femmes qui sont maintenant complètement sans revenu ou de logement. C ‘est une catastrophe pour toutes les femmes qui doivent répondre à des demandes sexuelles chaque jour et qui n’ont même pas assez d’argent pour vivre à la fin.

Les femmes prostituées à Berlin proviennent principalement des pays pauvres de l’Union européenne, notamment de Bulgarie, de Hongrie et de Roumanie. Elles n’ont pas droit à Hartz IV (le système des aides et chômage d’Allemagne) ni à aucune autre aide. Elles vivent principalement dans les maisons closes et sont souvent sans-abri. Beaucoup et en majorité n’ont pas d’assurance maladie. De plus en plus utilisent des drogues illégales pour pouvoir traverser la situation dans la prostitution.

La probabilité que ces femmes continuent de poursuivre la prostitution parce qu’elles n’ont pas d’autre choix ou parce qu’elles sont poussées à le faire est énorme. Même les gens libres ne laisseront pas leurs pratiques risquées et profiteront de la situation de ces femmes.

Qu ‘ est-ce qui peut aider maintenant ?

Les femmes ont besoin d’urgence de soutien du Sénat ! Afin de ne pas continuer à risquer la santé de ces femmes, il faut créer une solution pour elles immédiatement. Ça pourrait ressembler à ça :

– Punition des personnes libres qui visitent encore des femmes dans les maisons closes

– hébergements sécuritaires pour les femmes qui vivent déjà dans les rues ou deviennent sans-abri en fermant les maisons closes

– Soins médicaux aussi pour les femmes qui n’ont pas d’assurance maladie, notamment des possibilités de traitement de retrait

– soutien financier (allocation main / quotidienne) pour les femmes touchées

– Offres de conseils pour plus d’action, notamment des opportunités de sortie, pour les femmes qui ne veulent pas revenir à la prostitution (* En Allemagne 95% viennent de pays étrangers )

– la question de la nourriture et des vêtements

Nous appelons le Sénat de Berlin à être solidaire avec ces femmes et à ne pas regarder dans l’autre sens (économiquement) ! Les conditions dans les maisons closes et dans la rue sont déjà indignes, considérant ces femmes comme des sous humaines, mais vu comme normales. Dans la situation actuelle, le Sénat doit agir. Les femmes ont besoin de soutien ! Et : en aucun cas, elles ne peuvent et ne doivent être criminalisés !

Nous sommes contre le système prostitueurs, mais jamais contre les prostituées. Notre solidarité appartient aux femmes – jusqu’à présent et aussi en ces temps.

Site : https://sisters-ev.de/en/

Article rédigé par Joana CAPP

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