ONLYFANS : Nouvelle plate-forme d’exploitation sexuelle

Écrit par Miguel Moneo, 15 juillet 2020, traduit par Joana Vrillaud et Daria Khovanka


à chaque nouvelle création, pour chaque nouvelle génération, la porno prostitution trouve sa place. Après Twitter et ses comptes porno, Tik Tok et la pédocriminalité, Trip Advisor et ses annonces, c’est au tour du site Onlyfans.

Comment et pourquoi ces réseaux deviennent des sites capitalistes enrichis « légalement » par l’exploitation sexuelle des filles et femmes ? Comment le proxénétisme réussit à s’infiltrer dans toutes les nouvelles initiatives de la culture Web ?


La pandémie de Covid-19 a contribué à élargir, dans le pire sens du terme, bon nombre des failles du système. Pendant la période de confinement social forcé, l’exploitation sexuelle des mineures a augmenté du fait que de nombreux enfants se sont retrouvés enfermés chez eux avec leur possible agresseur ou exploiteur. En parallèle, le trafic sur le dark web des sites centrés sur les pédophiles a explosé ces derniers mois.

Pendant ce temps, les « camgirls », poules aux oeufs d’or de la pornographie, ont à leur tour enregistré une augmentation notable du nombre d’utilisateurs pendant les pires mois de Covid-19, ce qui ne fait que confirmer la tendance générale de ces dernières années d’augmentation des visites. Pourtant, malgré la fausse apparence de liberté et d’émancipation que voudraient donner les entreprises de webcam, derrière ce type de page, il n’est pas rare de trouver d’authentiques réseaux de prostitution. Contrairement à ce qu’affirme habituellement le mantra néolibéral, plutôt que d’autonomiser, la prostitution conduit à l’esclavage sexuel au nom d’une entreprise lucrative, dans laquelle il n’y a aucun scrupule à vendre des mineurs.

Quel intérêt auraient ces entreprises à dénoncer les consommateurs et vendeurs d’une activité parmi les plus lucratives au monde ?

Entre le mannequinat, les «camgirls», le porno et la prostitution, il y a des lignes fines qui se franchissent facilement car le «produit», c’est à dire le corps d’une femme le plus souvent ou plus rarement, d’un homme, devient trop courant sur le marché pour atteindre une rentabilité suffisante. D’après les défenseurs du « travail sexuel », les secteurs dits de « l’industrie du sexe » sont liés, mais le trafic sexuel présent partout ailleurs n’existerait pas dans le monde des «camgirls» prétendument inoffensif.

Seuls les visiteurs paient entre 5 et 50 dollars par abonnement pour obtenir du contenu et un abonnement.

En réalité, ces trous noirs de l’exploitation sexuelle ont eu tendance à aller encore plus loin et à fédérer pédocriminels et réseaux de traite d’enfants pendant la pandémie.

L’une des plus grandes zones de pêche pour ce type de contenu explicitement sexuel est Onlyfans : une plateforme très prisée des mineures qui a réussi à s’imposer définitivement pendant la pandémie en tant que leader dans son secteur, principalement parce que les soi-disant influenceuses y ont recouru pour garantir de nouvelles formes de revenus.

Qu’est-ce que Onlyfans?

Ils appellent cela « l’Instagram du Porno« .

Onlyfans est une plateforme web britannique créée en 2016 par Tom Stokely. De base, cette plateforme était un réseau social conçu pour favoriser la création de contenus de toutes sortes. On y retrouve des moniteurs de fitness, des artistes, des mannequins… Les utilisateurs, ou fans, paient ces créateurs pour du contenu et une attention personnalisée. Sur ces bénéfices, 80% vont aux créateurs et 20% à la plateforme.

Cependant, ce site web est mieux connu pour son contenu pornographique : de nombreuses « actrices » et mannequins de «l’industrie du sexe» ont trouvé dans ce système une alternative aux grandes entreprises pornographiques comme Pornhub dont les tournages ont été ralentis par la quarantaine et dénoncé par la campagne traffickinghub.com. Elles y ont vu une opportunité de pouvoir gérer elles-même les vidéos et les images qu’elles téléchargent ainsi que leurs revenus.

Comme nous l’avons souligné, la notoriété de ce portail s’est accélérée pendant la quarantaine atteignant 30 millions d’utilisateurs en mai 2020. Le site web trouve ses deux grands tableaux d’affichage sur les réseaux sociaux tels que Twitter et Instagram. Bien que Twitter soit restrictif avec son contenu publié, il est très courant d’y trouver des liens Onlyfans. Le web applique un filtre restrictif pour les mineures, mais celui-ci n’a jamais été d’une grande utilité. Aucun moyen d’assurer réellement la sécurité des enfants. Cette fois, les choses ne sont pas très différentes.

Les failles de sécurité du portail et de bon nombre de ces contenus intimes, parmi lesquels il y a un contenu sexuel clair, ont de nouveau été révélées lorsqu’en février 2020, des pirates ont réussi à voler 4 To d’images et de vidéos générées par les utilisateurs d’Onlyfans .

Pour avoir accès à tous les contenus, les utilisateurs paient entre 5 $ et 50 $ par abonnement selon un système similaire à celui de Patreon par exemple, une sorte de paiement numérique pour le contenu et l’interaction, même si vous pouvez également donner un pourboire librement.

La différence avec le porno régulier est la personnalisation du produit, Le porno gratuit étant pratiquement infini sur Internet et très accessible, ce qu’Onlyfans propose à ses utilisateurs est un produit plus individuel, dans lequel les « cam-girls » cherchent à optimiser l’engagement au maximum.

ONLYFANS, NOUVEAU PATRON, NOUVEAU PROXÉNÈTE

Onlyfans offre un faux sentiment d’autonomisation, mais a un courant sous-jacent d’exploitation qui est très fréquent dans le monde du porno.

Onlyfans joue sur le mythe persistant de « l’argent facile » avec sa proposition d’échanger contre rémunération un service personnalisé, qui consiste à jouer le rôle d’une « petite amie numérique » en quelque sorte qui, dans certains cas, peut se voir solliciter une pleine attention en direction d’un seul utilisateur. Onlyfans encourage ce comportement en maintenant un flux constant de messages. Nous sommes bien sur un système d’exploitation capitaliste.

L’apparente autonomisation n’est rien de plus que l’arbre qui cache la forêt, voulant faire passer pour plus privilégié un secteur qui dissimule une forme d’exploitation très commune dans le monde du porno, bien que le grand public continue d’ignorer cette facette de cette industrie. Le contexte social et économique et l’absence d’alternatives professionnelles incitent de nombreuses personnes à considérer des sites comme Onlyfans comme une solution. 

Mais est-ce vraiment une décision libre ? Le libre arbitre existe-il dans une situation de vulnérabilité et pauvreté ?

Il y aura toujours des femmes qui auront suffisamment de ressources pour pouvoir cesser cette activité si elles le souhaitent et ce seront ces cas particuliers qui seront mis en avant pour présenter leur prétendu choix comme « empouvoirant ». Mais comme nous le savons, la frontière entre la pornographie et l’exploitation est inexistante. La condition des personnes dans ce milieu est déterminée par la classe sociale (fille/femme) et les besoins matériels (se nourrir, avoir un toit …) ainsi qu’en fonction du terrain traumatique pré-existant.

Onlyfans n’est qu’une étape de plus dans la tendance individualisée de la «personnalisation du contenu» et c’est là que réside son succès : il offre une «expérience pornographique personnalisée» aux utilisateurs, tout en perpétuant l’objectification et les stéréotypes sexistes. Il offre quelque chose que les plateformes pornographiques sur Internet ne peuvent offrir: une sorte de «Petite amie en ligne», un « contrôle » sur l’intimité de l’autre personne.

Le faux sentiment d’autonomisation qui fonctionne comme un cheval de Troie chez de nombreuses personnes, en particulier des femmes de plus en plus jeunes, n’est rien de plus qu’une perpétuation des rôles de genre patriarcaux: la femme est l’objet du désir et l’homme, le sujet à qui plaire… Hiérarchie.

En échange de cette domination sur la vie des «modèles», les fans paient une redevance. Dans ce cas, les créatrices de contenu connaissent des aspects de la personne qui se trouve de l’autre côté, le tout dans l’objectif d’une «personnalisation». La créatrice n’est donc plus libre de ses envies car son but est de satisfaire et non plus d’exposer en toute « liberté ». Le client est roi. Certains d’entre eux laissent des pourboires de 300 euros par mois. Bienvenue dans la servitude de classe.

Certaines de ces femmes gagnent même des dizaines de milliers de dollars par mois. Selon le documentaire de la BBC Nudes4sale, la fille qui gagnait le plus gagnait environ 45 000 dollars par mois. Des salaires qui s’améliorent progressivement avec le temps et un contenu qui devient plus explicite à la demande des abonnés : un moyen d’attirer de gros pourcentages de mineures qui entrent dans des cercles dangereux liés à la prostitution.

Sur les réseaux sociaux, OnlyFans fait la promotion de toutes sortes de contenus. Des comédiens et des acteurs, des DJ et des chanteurs apparaissent sur Instagram, mais la vérité est que son contenu le plus abondant est celui des femmes qui vendent leur corps.

Actuellement, il existe plusieurs formes de substituts OnlyFans : Snapchat Premium, Admire.me, Justfor.fans ne sont que quelques-uns d’entre eux.

Le PDG, pas à son premier coup d’essai

Tim Stokely

Tim Stokely est un homme d’affaires britannique, entrepreneur autodidacte. Avec l’aide de son père, Guy Stokely, investisseur chez Barclays. T.Stokely, surnommé «le Mark Zuckerbeg du porno», avait déjà tenté sa chance en 2011 avec le site Glamgirls et plus tard avec Custom4u, un site qui serait la beta d’Onlyfans.

Stokely fils est le PDG de Fenix International Ltd, une société qui gère Onlyfan. Cette société, qui n’a même pas de site Web, distribue les bénéfices aux créateurs, en gardant 20%. Actuellement, cette société appartient à Leo Radvisnky, un personnage opaque dont la figure a un poids important dans le monde du porno. Cet homme d’affaires de Chicago est propriétaire de Cybertania, la société derrière MyFreeCams, un site de pornographie en direct qui a «recruté» des femmes aux États-Unis, en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud.

Sa piste est insaisissable. Des médias tels que CNBC l’ont placé en 2015 comme l’un des magnats du monde du porno. Malgré cela, ou peut-être pour la même raison, Radvisnky accorde à peine des interviews. La chose la plus personnelle que nous ayons pu trouver à son sujet est son profil sur Linkedin. Suite à cette piste, nous avons pu découvrir qu’il a obtenu son diplôme en économie en 2003 et juste un an plus tard, il a été dénoncé par Microsoft pour spam et hameçonnage en envoyant des e-mails aux utilisateurs de MSN sous l’identité Amazon.

Radvisnky dirige une société, Leo.com, avec laquelle il investit dans des entreprises technologiques. Dans son opulence et son ostentation, il a déjà payé 120 000 $ pour le site Web qui porte son nom . Au-delà de certaines anecdotes, le nom de Radvinsky apparaît lié à de nombreux sites – toujours avec le terme gratuit inclus, même s’il ne s’agissait pas de pages gratuites – à contenu pornographique. Par exemple, MyFreeNubilestube.com, un site Web pour adultes avec un intérêt particulier pour le sexe hardcore avec des mineures et des adolescentes. Ce site Web, ainsi que tant d’autres, a disparu vers 2016.

Comme nous pouvons le voir, le réseau complexe qui soutient le marché des camgirls est enraciné dans le secret, bénéficie de juteux avantages économiques et d’un faux décor de transgression sexuelle et d’empouvoirement qui entraîne pas à pas beaucoup de nos jeunes, en particulier les femmes et filles, dans un monde où se côtoient pornocriminalité, pornocriminalité juvénile et pédopornocriminalité. Ces milieux criminels ont tendance à se confondre de plus en plus à mesure que le flux continu d’argent parvient à acheter des témoignages de femmes dans le but de promouvoir l’activité de camgirl en la présentant comme une « une solution facile ». Une solution facile qui, le plus souvent, finit par devenir un véritable cauchemar pour celles qui viennent sur ces portails à la recherche de revenus rapides et soit disant simples.


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